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Katie, à l'Ombre des Mots Songeurs

Poésie entre vie, couleurs et lumières, entre mes ratures et mes baz'Arts

mes coups de coeur

Su Shi, ou Su Dongpo

Publié le 23 Avril 2021 par Katie à l'ombre des mots songeurs dans mes coups de coeur

L’écriture doit avoir de la physionomie, de l’énergie, de l’ossature, de la chair, et du sang dans ses artères. Si l’un de ces cinq éléments fait défaut, ce n’est pas de l’écriture.

Su Shi (Su Dongpo)

 

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Djalâl ad-Dîn Rûmî

Publié le 3 Février 2021 par Katie à l'ombre des mots songeurs dans mes coups de coeur

 

 

Poème de Djalâl ad-Dîn Rûmî - Poète Persan

 

Je choisis de t'aimer
en silence,
car en silence
je ne trouve aucun rejet...

Je choisis de t'aimer
dans la solitude,
car dans la solitude
personne ne t'appartient, sauf moi.

Je choisis de t'adorer
de loin,
car la distance
me protège de la douleur...

Je choisis de t'embrasser
dans le vent,
car le vent est plus doux
que mes lèvres...

Je choisis de te retenir
dans mes rêves
car dans mes rêves,
tu n'as pas de fin...

 

Qui est Djalâl ad-Dîn Rûmî

 

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Extrait du livre de l'intranquilité, de Fernando Pessoa

Publié le 11 Mars 2020 par Katie à l'ombre des mots songeurs dans mes coups de coeur

 

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(*) Le rêve est la pire des drogues, parce que c'est la plus naturelle de toutes. Elle se glisse dans nos habitudes avec plus de facilité qu'aucune autre, on l'essaye sans le vouloir, comme un poison offert. Elle n'est pas douloureuse, elle ne cause ni pâleur ni abattement – mais l'âme qui fait usage du rêve devient incurable, car elle ne peut plus se passer de son poison, qui n'est rien d'autre qu'elle-même.
Tel un spectacle à travers la brume (…)
J'ai appris dans mes songes à couronner d'images le front du quotidien, à dire la banalité avec étrangeté, la simplicité avec de multiples détours ; à dorer d'un soleil artificiel les recoins et les meubles morts, et à rendre musicales, comme pour me bercer, les phrases fluides par où je me décris.

Le livre de l'intranquillité (édition intégrale) - Fernando Pessoa

Extrait du livre de l'intranquilité, de Fernando Pessoa
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Julio Cortázar (extrait de Crépuscule d'automne)

Publié le 23 Novembre 2019 par Katie à l'ombre des mots songeurs dans mes coups de coeur

- Julio Cortázar -

(Extrait de Crépuscule d'automne)

~

Constatations sur le chemin

 

"Ce qui est élégiaque, inévitable, qui domine comme l'azur dans les vitraux gothiques, non seulement le fait d'être ici, mais encore par le lecteur qui n'est-pas-pour-rien-lecteur-de-poésie, Elementary, my dear Watson.

 

Derrière toute tristesse et toute nostalgie, je voudrais que ce même lecteur éprouve l'éclatement de la vie et la gratitude de quelqu'un qui l'a tellement aimée, comme ce que chantait Satchmo remplissant une mélodie banale de quelque chose que je peux seulement appeler communion :

 

I'm thankful

for happy hours,

I'm thankful

for all the flowers -

 

Sentiment de participation sans lequel je n'aurais jamais rien écrit (il y a ceux qui n'écrivent que pour se séparer), participation qui participe à son tour à la bêtise et à la naïveté avec une fréquence très élevée, louées soient toutes les trois. Et ce dévouement franciscain à la découverte quotidienne de la même chose et par conséquent toujours nouvelle, et cet enthousiasme que seul Onitsura fut capable de résumer dans un haïku qui paraîtra stupide aux stupides :

 

 

Fleurs de cerisiers, plus

et plus aujourd'hui ! Les oiseaux ont deux pattes !

Ô et les chevaux quatres !

 

Onitsura, 1660-1738

(Je) traduis de la version anglaise

de Harold G. Henderson"

 

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Christian Bobin - Extraits ''La lumière du monde''

Publié le 13 Août 2019 par Katie à l'ombre des mots songeurs dans mes coups de coeur

Moi, en ce moment, c'est écouter pousser les fleurs et

lire Christian Bobin qui me console...

(…) je ne vois toujours pas de différence entre la pensée pure et une petite pâquerette. Je suis toujours hostile aux dogmes de la théologie comme aux systèmes philosophiques. Vouloir expliquer le monde, c'est comme vouloir faire entrer des roses dans un vase à coups de marteau. Quand on veut expliquer, notre pensée se rigidifie immédiatement à notre insu. Pour ma part, je n'aime pas qu'on m'explique : j'aime mieux écouter avec mes yeux. Au fond, je crois que je déteste le bon goût, les intellectuels chics, raffinés, et la façon qu'ils ont de se partager le gâteau du monde. (...)

Christian Bobin ''La lumière du monde'' Paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas

(…) Ce qui est terrible avec les intellectuels, c'est leur esprit de sérieux, parce qu'on ne sait rien de cette vie ni de l'autre : alors, par quel tour de force en arrivent-ils à une suffisance ? Par leurs opinions, ils arrivent à faire tourner le vrai comme on fait tourner le lait.

Christian Bobin ''La lumière du monde'' Paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas

Pour ma part, les conversations les plus inouïes que j'ai connues, c'était en m'agenouillant à côté d'un enfant, de façon que ma tête soit à la hauteur de la sienne. D'ailleurs, si on interdisait aux auteurs de mettre leur nom sur la couverture de leurs livres, la plupart n'auraient même pas commencé à écrire une seule ligne. Il y a de rares livres dans lesquels on voit la vie grandir, mais la plupart du temps, c'est seulement le nom de l'auteur qu'on voit grandir.

Christian Bobin ''La lumière du monde'' Paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas

Le plus grand écrivain, on ne connaît pas son nom. C'est celui qui a écrit « A la claire fontaine » ou « Gentil coquelicot ». Je n'attends rien d'autre d'un écrivain que ce que j'ai reçu de mes parents : qu'il me console, m'éclaire, m'aide à grandir et à me séparer de lui. (...)

Christian Bobin ''La lumière du monde'' Paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas

Christian Bobin - Extraits ''La lumière du monde''
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Citations de Christian Bobin

Publié le 9 Août 2019 par Katie à l'ombre des mots songeurs dans mes coups de coeur

 - Dans les nuages, l'autre jour, j'ai vu un faune, presque le Rudolph Noureev de Nijinsky (en bas de cet article)

J'aurai passé mes jours à regarder le reflet de la vie sur la rivière de papier blanc.

La grande vie

 Écrire l'inconsolable engendre une paix, comme une lampe qui tourne et propose ses ombres chinoises à l'enfant au bord de s'endormir. Quand je pense aux gens que j'aime et même à ceux que je n'aime pas, quand j'y pense vraiment, les bras m'en tombent. La vie s'approche de nous. Elle guette le moment favorable pour frapper puis, à chacun, elle lance : chante, maintenant. Vas-y, chante. Écris.

La grande vie

Ce qui est dit n'est jamais entendu tel que c'est dit : une fois que l'on s'est persuadé de cela, on peut aller en paix dans la parole, sans plus aucun soucis d'être bien ou mal entendu, sans plus d'autre souci que de tenir sa parole au plus près de sa vie

L'enchantement simple

Nous sommes sans arrêt confrontés à des séparations. La vie a une main qui plonge dans notre corps, se saisit du cœur et l’enlève. Pas une fois, mais de nombreuses fois. En échange, la vie nous donne de l’or. Seulement, nous payons cet or à un prix fou puisque nous en avons, à chaque fois, le cœur arraché vivant.

Entretien avec Christian Bobin extrait du numéro spécial de La Vie : "Vivre le deuil"

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Emil Cioran et quelques citations

Publié le 23 Mai 2019 par Katie à l'ombre des mots songeurs dans mes coups de coeur

 

“Le délire est sans conteste plus beau que le doute, mais le doute est plus solide.”

Cioran

“Quand on doit prendre une décision capitale, la chose la plus dangereuse est de consulter autrui, vu que, à l'exception de quelques égarés, il n'est personne qui veuille sincèrement notre bien.”

Cioran

“On doit se ranger du côté des opprimés en toute circonstance, même quand ils ont tort, sans pourtant perdre de vue qu'ils sont pétris de la même boue que leurs oppresseurs.”

Cioran

“L'art d'aimer ? C'est savoir joindre à un tempérament de vampire la discrétion d'une anémone.”

Cioran

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Fernando Pessoa et quelques vérités... ou un matin le cœur chamallow

Publié le 16 Mai 2019 par Katie à l'ombre des mots songeurs dans mes coups de coeur

Fernando Pessoa et quelques vérités... ou un matin le cœur chamallow

Merci V., pour m'avoir donné l'envie de relire Fernando Pessoa en me soufflant une de ses belles citations :

" Je n'ai ni ambition ni désir.

Mon ambition n'est pas d'être poète.

C'est ma façon à moi d'être seul"

 

à lire en musique  :

Mariza - Há uma música do povo - Poema do Fernando Pessoa

La seule façon de faire qu'il y ait des choses nouvelles, et de sentir des choses nouvelles, c'est de faire du nouveau dans ta façon de les sentir.

Le livre de l'intranquillité (F. Pessoa)

La plupart des gens souffrent de cette infirmité de ne pas savoir dire ce qu'ils voient ou ce qu'ils pensent. [...] La littérature tout entière est un effort pour rendre la vie bien réelle. Comme nous le savons tous, même quand nous agissons sans le savoir, la vie est absolument irréelle dans sa réalité directe : les champs, les villes, les idées, sont des choses totalement fictives, nées de notre sensation complexe de nous-mêmes. Toutes nos impressions sont incommunicables, sauf si nous en faisons de la littérature.

Le livre de l'intranquillité

La liberté, c'est la possibilité de s'isoler. Tu es libre si tu peux t'éloigner des hommes sans que t'obliges à les rechercher le besoin d'argent, ou l'instinct grégaire, l'amour, la gloire ou la curiosité, toutes choses qui ne peuvent trouver d'aliment dans la solitude ou le silence. S'il t'est impossible de vivre seul, c'est que tu es né esclave. Tu peux bien posséder toutes les grandeurs de l'âme ou de l'esprit : tu es un esclave noble, ou un valet intelligent, mais tu n'es pas libre.

Le livre de l'intranquillité

Nous sommes qui nous ne sommes pas, la vie est brève et triste. Le bruit des vagues, la nuit, est celui de la nuit même; et combien l'ont entendu retentir au fond de leur âme, tel l'espoir qui se brise perpétuellement dans l'obscurité, avec un bruit sourd d'écume résonnant dans les profondeurs!
Combien de larmes pleurées par ceux qui obtenaient, combien de larmes perdues par ceux qui réussissaient ! Et tout cela, durant ma promenade au bord de la mer, est devenu pour moi le secret de la nuit et la confidence de l'abîme.
Que nous sommes nombreux à vivre, nombreux à nous leurrer! Quelles mers résonnent au fond de nous, dans cette nuit d'exister, sur ces plages que nous nous sentons être, et où déferle l'émotion en marées hautes !

Le livre de l'intranquillité

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Jim Harrison, une heure de jour en moins

Publié le 13 Avril 2019 par Katie à l'ombre des mots songeurs dans mes coups de coeur


Parlez-vous aux chiens, aux chevaux, à d’autres animaux?

Oui, je parle aux chiens mais aussi aux ours, et ce depuis mon enfance. Pas plus tard qu’hier soir, à 3 heures du matin, j’ai eu envie d’écrire à ma chienne Zilpha pour lui expliquer pourquoi je n’étais pas là pour sa promenade matinale. Normalement, elle me répond d’un sourire, comme une belle femme qui ne peut pas parler parce qu’elle vient d’un pays qui n’a pas encore été inventé !

Extrait de l'nterview au Nouvel Obs - Propos recueillis par Didier Jacob

Qu’attendez-vous de la vie? De la sophistication, du désir, de l’amour, le Prix Nobel, la sagesse ?

C’est quoi, la sophistication ? Le désir et l’amour, oui, c’est important, car comme l’a dit Freud, «la sexualité refoulée donne naissance à l’art». L’alternative au désir et à l’amour, c’est la torpeur et l’ennui. Ne ressentir aucun désir biologique, c’est un grave problème quand on est écrivain… Et pour le Prix Nobel et la sagesse, je n’y pense même pas, ce sont des abstractions créées par des hommes que je ne connais pas.

Extrait de l'nterview au Nouvel Obs - Propos recueillis par Didier Jacob

Croyez-vous au surnaturel ?

Naturellement, j’y crois. J’ai reçu des instructions spéciales directement envoyées par les dieux. J’ai publié un livre aux Etats-Unis intitulé «A la recherche des petits dieux». Un seul Dieu ne peut, à lui seul, créer 19 milliards de galaxies. Savez-vous qu’une cuillère à café d’un trou noir cosmique pèse près de 3 milliards de tonnes? Vous vous imaginez la force d’une telle cuillère? Et donc, s’il existe 19 milliards de galaxies, pourquoi moi, je n’aurais pas une âme? Aussi infiniment petite soit elle. Peut-être aussi petite qu’un photon, ou encore mieux, que l’un de mes neurones? Ne pas croire en la résurrection a toujours été inconcevable pour moi. Mais je constate de plus en plus les dangers du monothéisme en ce bas monde.

Extrait de l'interview au Nouvel Obs - Propos recueillis par Didier Jacob

(Extrait, Marcher p.23-24)

croassement des corbeaux dans le ciel,
 un épervier
de Cooper flotte solitaire dans la brume
 célibataire ;
marcher bêtement en ayant mal aux pieds,
dans le soir, le sumac et les ronciers de mûres,
sur la route du lac, les pieds glissent sur le
 gravier,
engoulevents, oiseaux de nuit s’éveillant,
 trébucher vers
la rive du lac, se déshabiller sur la douce mousse ;
marcher dans l’obscurité sirupeuse et sans lune
 d’août,
l’eau froide, écarter les nénuphars, entrer
 dans le lac,
les pieds rebondissent sur le fond vaseux
 jusqu’à ce que
l’eau engloutisse la tête ; couler pour marcher
 au fond
puis refaire surface, marcher sur l’eau,
 avancer parmi
les massifs de roseaux, serpents et grenouilles,
jusqu’à la rive opposée du lac, puis remonter
 au-dessus
des tilleuls et des aulnes, le champ de chaume
 rêche
et les balles de foin, vers la forêt,


Recueil de poèmes : Une heure de jour en moins

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Le livre du moment ''Le garçon'' de Marcus Malte

Publié le 5 Avril 2019 par Katie à l'ombre des mots songeurs dans mes coups de coeur

*  Le garçon  -  Un roman de Marcus Malte  *

Ou le regard violent mais plein d'une infinie tendresse porté sur notre civilisation. Le tout empreint d'une indéniable poésie.

Extrait :

(de la p. 85 à la p. 87)

 

Il va demeurer près de dix mois au sein de cette société. Tout l'univers est là. S'il avait l'intention de découvrir ou tout au moins de mieux cerner quelle y était sa place, quel rôle lui était dévolu, alors il faut bien constater que cette place et ce rôle s'apparentent fort en ces débuts à ceux d'un valet de ferme. Et dans cette expression n'est-ce pas le terme « valet » qui prime ? Trois décennies plus tard, quelque part dans les confins de la jungle amazonienne, un vieil Amérindien clairvoyant et désabusé lui dira en substance ceci : Votre peuple (et là-dedans il comprendra l'ensemble de l'humanité hors les quelques tribus voisines de la sienne), votre peuple n'est constitué que de valets et de maîtres, d'une grande quantité de valets et d'une petite poignée de maîtres, d'une infinité de valets, insistera-t-il, pour un unique maître au final, chaque valet aspirant de tout son cœur et de toute son âme à passer maître à son tour, mais chaque maître étant en réalité le valet d'un autre maître encore plus important que lui, et cela valant aussi pour vos dieux qui servent à n'en pas douter les desseins d'une puissance qui leur est bien supérieure, et non point bonne et charitable celle-ci, mais malveillante, maléfique, il n'y a qu'à ouvrir les yeux pour s'en convaincre, il n'y a qu'à voir ce que l'on vous impose, ce que vous endurez, ce que vous acceptez, il n'y a qu'à vous regarder agir et vous regarder vivre, ça crève les yeux, vos dieux sont des valets comme les autres, ni plus ni moins, si bien que si l'on fait le compte il ne reste que des milliers des millions de valets pour ce seul maître, le maître suprême, vraisemblablement cruel, vraisemblablement dément, et si tant est encore que l'on ne considère pas ce maître comme étant lui-même soumis à sa propre cruauté, subordonné à sa folie, c'est-à-dire qu'il soit en somme son propre valet. Mais comment s'en affranchir ? Demandera le vieil Amérindien. Comment votre peuple, le tien, dira-t-il au garçon, pourrait-il recouvrer sa liberté ? Tuer le maître ne fera pas de vous des hommes libres. Éliminer le maître ne permettra pas d'éliminer les valets que vous êtes. Pourquoi ? Parce qu'un autre aussitôt prendra sa place et un autre après lui, et encore un autre. Sans fin. Le cycle se poursuivra et la cohorte des valets se perpétuera. Parce que ce qui fait ce n'est pas son maître, ce qui fait un valet c'est son désir de devenir maître. Cela et rien d'autre. Tuer le maître ne serait donc d'aucune utilité, ce qu'il faut c'est tuer, c'est éradiquer le désir de l'être. Cette ambition-là, cette envie, ce besoin, il faut s'en délivrer. C'est l'unique solution. Mais il e me paraît pas, conclura-t-il, que votre peuple soit près d'y parvenir, ni même qu'il soit près de le souhaiter. Voilà la teneur du discours que lui adressera bien des années plus tard le vieil Amérindien clairvoyant et désabusé. Un discours étayé par une expérience au cours de laquelle il aura accepté, par curiosité, de quitter pour la première et dernière fois sa chère forêt et ses palmiers géants et ses tamarins dorés pour suivre une équipe d'ethnologues britanniques qui l'aura emmené à Londres et à Cambridge et à Edimbourg et dans diverses capitales d'Europe et des États-Unis et dans des villes de moindre importance où il aura eu l'occasion de rencontrer nos plus grands chefs et nos plus grands sorciers et des chefs plus petits et des sorciers moins fameux et toute une théorie de charlatans et de foules d'indigents et de souffreteux et de ce qu'il ne pourrait qualifier autrement que de sauvages et quand bien même son périple n'aura pas duré plus d'un an cela lui aura été amplement suffisant pour démonter les rouages et comprendre le fonctionnement de notre civilisation et s'en faire une opinion d'où découleraient des sentiments à notre égard qui, pour être franc, oscilleraient entre le mépris, le dégoût et la compassion. Un discours que le garçon écoutera avec attention, jusqu'au bout, sur lequel cependant il n'aura pas la possibilité de méditer, étant prononcé dans un de ces dialectes aborigènes absolument inintelligible pour lui. Sera-ce la raison pour laquelle le vieil Amérindien, au terme de son laïus, se départira soudain de son air désabusé pour éclater d'un rire sonore ? Comme s'il venait de jouer un bon tour au garçon. Comme si tout cela n'étais qu'une vaste comédie, tragique et grotesque, de la vie. Et son rire extravagant ne manquera pas de faire décoller quelque ara planqué dans la canopée ni de faire tressauter la tête humaine réduite à la taille d'un pamplemousse qu'il porte à son cou.

Mais nous n'en sommes pas là.

 

Le livre du moment ''Le garçon'' de Marcus Malte
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